L’année à savoir la ville. Ces réflexions théoriques permettent

L’année 2011 atteint déjà des records en matière de coûts liés aux catastrophes naturelles (Catnat.net, 2011). Chaque année, les rapports des réassureurs alertent quant à l’augmentation des montants indemnisés et les médias passent d’une catastrophe à une autre, présentant des images chocs, des témoignages bouleversants, sans jamais se pencher plus précisément sur les causes profondes, les conséquences à long terme, la reconstruction et les conditions de retour à la vie normale pour les populations touchées. Or si les dommages augmentent, c’est notamment parce que les enjeux (logements, activités, infrastructures, équipements) sont de plus en plus nombreux dans les zones d’aléas, comme l’atteste entre autres la forte urbanisation des zones inondables (Faytre, 2010 ; Scarwell et Laganier, 2004 ; Thouret et Leone, 2003). L’intensification des évènements climatiques extrêmes semble également à l’œuvre, avec une responsabilité probable du changement climatique, même si celle-ci reste difficilement quantifiable. Toujours est-il que les populations, et en particulier les populations urbaines, vivent mal les crises lorsqu’elles surviennent. Si les niveaux de risque augmentent, le degré d’acceptabilité sociale du risque reste faible au point que la directive européenne inondation demande aux Etats membres de considérer désormais une crue centennale non comme un évènement extrême mais plutôt comme un événement de niveau moyen. Les niveaux de protection à assurer sont donc de plus en plus coûteux et impactent profondément le fonctionnement de la ville. Ne voit-on pas dès lors apparaître une certaine contradiction entre des politiques de gestion des risques qu’il conviendrait d’adapter et un développement urbain qui prend rarement en compte les potentielles défaillances en cas de crise ? Deux concepts ont émergé successivement pour caractériser la ville et interroger ses contradictions, l’un prenant en compte la gestion des perturbations : la ville résiliente, l’autre prônant un développement économique, social et environnemental équilibré : la ville durable. A partir de leur définition et surtout de l’acception opérationnelle que nous en faisons, cet article interroge l’articulation des deux concepts à travers un point de vue technique et fonctionnel. Ce positionnement n’est pas fondamentalement issu de l’interprétation du concept de résilience mais plutôt de l’appréhension de l’objet d’étude auquel il est appliqué, à savoir la ville. Ces réflexions théoriques permettent ensuite d’évoquer les pistes méthodologiques pour concrétiser la ville durable par une approche in fine socio-technique de l’adaptation du système urbain et de ses composants (notamment les réseaux techniques).